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Carence en fer : l'ennemi invisible de votre énergie et de vos performances

Vous êtes fatigué sans raison, vos performances sportives stagnent, vous avez du mal à vous concentrer ? Le coupable pourrait être le fer — ou plutôt son absence. La carence en fer sans anémie touche jusqu'à 30 % des femmes et des sportifs. Elle réduit vos capacités bien avant que votre médecin ne la détecte. Voici ce que dit la science.

En bref (TL;DR)

  • La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus fréquente au monde, affectant 2 milliards de personnes (Pasricha et al. 2021, The Lancet).
  • Même sans anémie, une ferritine basse réduit la capacité de travail physique de 10-20 % (Haas & Brownlie, 2001).
  • Les femmes sportives sont particulièrement à risque : la supplémentation améliore significativement leurs performances (DellaValle, 2013).
  • La ferritine est un meilleur indicateur que l'hémoglobine pour la détection précoce (Houston et al. 2018).

Le fer est un minéral essentiel pour le transport de l'oxygène dans le sang, la production d'énergie cellulaire et la fonction cognitive. Quand vos réserves de fer diminuent, votre corps tourne au ralenti — mais de manière si progressive que vous vous habituez à cette « nouvelle normalité » de fatigue et de sous-performance.

La grande majorité des bilans sanguins ne détectent la carence que lorsqu'elle a déjà évolué en anémie (hémoglobine basse). Mais les études montrent que les symptômes commencent bien avant, au stade de la carence en fer sans anémie. C'est ce stade silencieux qui nous intéresse ici.

L'ampleur du problème : 2 milliards de personnes

En 2021, Pasricha et al. ont publié dans The Lancet une revue complète sur la carence en fer, mettant à jour les données épidémiologiques et cliniques mondiales.

Données — Pasricha et al. 2021 (The Lancet)

2 Mds

personnes carencées

~30 %

femmes en âge de procréer

#1

carence la plus fréquente

La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus fréquente au monde, affectant environ 2 milliards de personnes. Elle touche particulièrement les femmes en âge de procréer (pertes menstruelles), les enfants, les femmes enceintes, les végétariens/végans et les sportifs d'endurance.

Ce qui est frappant, c'est que cette carence n'est pas limitée aux pays en développement. Dans les pays industrialisés, 10-15 % des femmes sont carencées, et jusqu'à 30 % ont des réserves de fer insuffisantes. Le fer est le nutriment le plus difficile à obtenir en quantité suffisante par l'alimentation seule, surtout si vous réduisez votre consommation de viande rouge.

Carence sans anémie : le stade silencieux

En 2001, Haas et Brownlie ont publié dans le Journal of Nutrition une revue fondatrice sur le lien entre carence en fer et capacité de travail physique. Leur conclusion a changé notre compréhension du problème.

Résultats — Haas & Brownlie 2001 (J Nutr)

-10 à 20 %

capacité de travail (sans anémie)

réversible

avec supplémentation

Même en l'absence d'anémie (hémoglobine normale), la carence en fer réduit la capacité de travail physique de 10 à 20 %. Le fer est nécessaire non seulement pour l'hémoglobine mais aussi pour les enzymes mitochondriales qui produisent l'énergie cellulaire. Moins de fer = moins d'ATP = moins d'énergie pour tout.

Les symptômes de la carence en fer sans anémie sont insidieux : fatigue chronique « normale », essoufflement léger à l'effort, difficulté à se concentrer, irritabilité, sensibilité au froid. Le danger : vous vous habituez. Vous pensez que c'est le stress, l'âge, ou le manque de sommeil. En réalité, vos mitochondries manquent de fer.

Le fer n'est pas que pour le sang

On pense souvent au fer uniquement pour les globules rouges. Mais le fer est aussi un composant essentiel de la myoglobine (stockage d'oxygène dans les muscles), des cytochromes (chaîne respiratoire mitochondriale) et de nombreuses enzymes impliquées dans la synthèse de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine). C'est pourquoi la carence affecte simultanément l'énergie, l'humeur et la cognition.

Femmes et sportifs : les populations à risque

En 2013, DellaValle a publié dans Medicine & Science in Sports & Exercise une étude sur la supplémentation en fer chez les athlètes féminines carencées mais non anémiques. Les résultats sont remarquables.

Résultats — DellaValle 2013 (Med Sci Sports Exerc)

VO2max

amélioration significative

endurance

temps d'effort augmenté

fatigue

réduction significative

Chez les athlètes féminines avec une ferritine basse (< 20 ng/mL) mais sans anémie, la supplémentation en fer a amélioré significativement la VO2max, l'endurance et réduit la fatigue. Ces femmes n'étaient « pas malades » selon les critères classiques — mais elles performaient bien en dessous de leur potentiel.

Les sportifs d'endurance perdent du fer par plusieurs mécanismes : hémolyse de pied (destruction de globules rouges par l'impact au sol), pertes gastro-intestinales accrues, sueur (0,3-0,4 mg de fer par litre), et inflammation post-exercice qui réduit l'absorption intestinale via l'hepcidine.

Qui devrait faire doser sa ferritine ?

  • Femmes en âge de procréer (surtout si règles abondantes)
  • Sportifs d'endurance (course, cyclisme, natation)
  • Végétariens et végans
  • Personnes en déficit calorique prolongé
  • Toute personne avec une fatigue chronique inexpliquée

La ferritine : le vrai marqueur à surveiller

En 2018, Houston et al. ont publié dans Nutrients une revue sur le lien entre statut en fer et performance physique, mettant en lumière l'importance de la ferritine comme marqueur précoce.

Seuils de ferritine — Houston et al. 2018 (Nutrients)

Ferritine (ng/mL) Statut Impact performance
< 15 Carence sévère Réduction marquée (> 20 %)
15-30 Carence modérée Réduction notable (10-20 %)
30-50 Suboptimal Impact léger possible
> 50 Suffisant Performance optimale

Le point crucial : le seuil « normal » de ferritine sur un bilan sanguin est souvent fixé à 12-15 ng/mL. Mais les études montrent que les performances physiques sont déjà affectées en dessous de 30-50 ng/mL. Si vous êtes sportif et que votre ferritine est à 20 ng/mL, votre médecin dira « c'est normal ». La science dit « c'est suboptimal ». Demandez un dosage et discutez-en avec votre médecin.

Guide pratique : prévenir et corriger la carence

Voici 5 étapes concrètes pour optimiser votre statut en fer, que vous soyez sportif, végétarien ou simplement fatigué.

1

Faites doser votre ferritine

Demandez spécifiquement un dosage de la ferritine (pas seulement NFS + hémoglobine). Visez au moins 50 ng/mL si vous êtes actif. Le dosage est remboursé par la Sécurité sociale sur prescription.

2

Optimisez vos sources alimentaires

Fer héminique (mieux absorbé) : viande rouge (3-4 mg/100 g), boudin noir (22 mg/100 g), foie, fruits de mer. Fer non héminique : lentilles (3,3 mg/100 g), épinards (2,7 mg), tofu (5,4 mg). Suivez vos repas avec TrackMyCals pour identifier les sources de fer dans votre alimentation.

3

Boostez l'absorption avec la vitamine C

La vitamine C multiplie l'absorption du fer non héminique par 2 à 6. Ajoutez du jus de citron sur vos lentilles, du poivron dans vos plats, des kiwis en dessert. Évitez le thé et le café pendant les repas (les tanins bloquent 60 % de l'absorption).

4

Supplémentez si nécessaire (avec votre médecin)

En cas de carence avérée, une supplémentation de 30-60 mg/jour de fer élémentaire peut être nécessaire. Le bisglycinate de fer est mieux toléré au niveau digestif. Prenez-le à jeun ou avec de la vitamine C, et à distance du café/thé (2h).

5

Recontrôlez après 3 mois

Les réserves de fer se reconstituent lentement. Un contrôle de la ferritine après 3 mois de correction permet de vérifier l'efficacité. Si la ferritine ne remonte pas malgré la supplémentation, consultez pour rechercher une cause de perte (digestive, gynécologique).

La carence en fer est un problème massif, sous-diagnostiqué et sous-traité. Elle affecte votre énergie, vos performances, votre cognition et votre humeur bien avant de se manifester par une anémie sur un bilan sanguin. Si vous êtes femme, sportif, végétarien ou en restriction calorique, la question n'est pas de savoir si vous êtes à risque, mais à quel point.

Faites doser votre ferritine, optimisez vos sources alimentaires de fer, et suivez votre alimentation avec TrackMyCals pour vous assurer que chaque repas contribue à reconstituer vos réserves. Votre énergie vous en remerciera.

Questions fréquentes

La carence en fer est un stade précoce où les réserves (ferritine) sont basses mais l'hémoglobine reste normale. L'anémie ferriprive est le stade avancé où l'hémoglobine diminue. Pasricha et al. (2021) soulignent que la carence sans anémie est 2-3 fois plus fréquente et produit déjà des symptômes mesurables : fatigue, baisse des performances, troubles cognitifs.

Le seuil clinique de carence est fixé à 15-30 ng/mL, mais pour des performances optimales, visez au moins 50 ng/mL, voire 70-100 ng/mL si vous êtes sportif. Houston et al. (2018) montrent que des ferritines entre 30-50 ng/mL sont associées à des performances suboptimales. Attention à ne pas dépasser 200-300 ng/mL (risque de surcharge).

La vitamine C augmente l'absorption du fer non héminique de 2 à 6 fois. Ajoutez du citron, du poivron ou des agrumes à vos repas riches en fer. Évitez le thé et le café pendant les repas (les tanins réduisent l'absorption de 60 %). Les produits laitiers (calcium) réduisent aussi l'absorption — décalez-les de 2 heures. Cuisiner dans des ustensiles en fonte augmente le fer des aliments.

Sources scientifiques

Pasricha SR et al. (2021). "Iron deficiency." The Lancet, 397(10270), 233-248. DOI

DellaValle DM. (2013). "Iron supplementation for female athletes: effects on iron status and performance outcomes." Medicine & Science in Sports & Exercise, 45(10), 1827-1834. DOI

Haas JD, Brownlie T. (2001). "Iron deficiency and reduced work capacity: a critical review of the research to determine a causal relationship." Journal of Nutrition, 131(2), 676S-690S. DOI

Houston BL et al. (2018). "Efficacy of iron supplementation on fatigue and physical capacity in non-anaemic iron-deficient adults: a systematic review of randomised controlled trials." BMJ Open, 8(4), e019240. DOI

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