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Effet plateau : votre corps résiste et c'est normal

Vous avez perdu du poids, puis plus rien. La balance ne bouge plus malgré vos efforts. Ce n'est pas un échec — c'est un mécanisme de survie inscrit dans vos gènes depuis des millénaires. Comprendre ce qui se passe change tout.

En bref (TL;DR)

  • L'effet plateau est causé par la thermogenèse adaptative : votre métabolisme ralentit au-delà de ce que la perte de poids seule explique.
  • Étude Biggest Loser : 6 ans après, les participants brûlent encore 499 kcal/jour de moins que prévu (Fothergill 2016).
  • Vos hormones de l'appétit restent perturbées plus d'un an après un régime : plus de ghréline (faim), moins de leptine (satiété) (Sumithran 2011).
  • Les pauses régime (2 semaines de déficit / 2 semaines d'entretien) améliorent la perte de poids de 47 % (étude MATADOR, Byrne 2018).
  • Manger moins n'est pas la solution. Travailler avec votre corps, oui.

Vous avez commencé un déficit calorique, les premiers kilos sont partis, puis tout s'est arrêté. Vous mangez la même chose, vous faites le même effort, mais la balance refuse de bouger. Frustrant ? Absolument. Anormal ? Pas du tout.

L'effet plateau est l'un des phénomènes les mieux documentés en science de la nutrition. Votre corps possède des mécanismes puissants pour résister à la perte de poids — des mécanismes forgés par des millions d'années d'évolution, quand perdre du poids signifiait mourir de faim. La bonne nouvelle : en comprenant ces mécanismes, vous pouvez travailler avec votre corps plutôt que contre lui.

La thermogenèse adaptative : votre thermostat interne

Quand vous perdez du poids, votre métabolisme de base diminue. C'est logique : un corps plus léger a besoin de moins d'énergie. Mais les chercheurs ont découvert que la baisse va bien au-delà de ce que la perte de masse seule explique. Ce surplus de ralentissement s'appelle la thermogenèse adaptative.

Nunes et al. (2022, British Journal of Nutrition) ont réalisé une revue systématique de 33 études sur le sujet. Leur conclusion est sans appel : la thermogenèse adaptative est un phénomène réel, mesurable et reproductible. Votre corps ne se contente pas de s'adapter passivement à son nouveau poids — il résiste activement à la perte de poids.

Comment ça fonctionne concrètement

1Métabolisme de base réduit : vos organes consomment moins d'énergie au repos, au-delà de l'effet de la perte de masse.

2Effet thermique des aliments diminué : votre corps dépense moins d'énergie pour digérer.

3NEAT réduit : vous bougez inconsciemment moins (moins de fidgeting, pas de prise d'escalier, démarche plus économe).

4Efficacité musculaire accrue : vos muscles utilisent moins d'énergie pour le même mouvement.

Le résultat : là où les équations prédisent que vous devriez brûler 2 000 kcal/jour, vous n'en brûlez que 1 700. Ces 300 kcal "fantômes" suffisent à stopper net votre perte de poids, même si vous respectez votre suivi calorique à la lettre.

L'étude Biggest Loser : 6 ans de suivi

En 2016, Fothergill et al. ont publié dans Obesity l'une des études les plus marquantes de la décennie en nutrition. Ils ont suivi 14 participants de l'émission américaine "The Biggest Loser" pendant 6 ans après la fin de la compétition. Ces participants avaient perdu en moyenne 58 kg en 30 semaines grâce à un programme intensif d'exercice et de restriction calorique.

Résultats — Fothergill et al. 2016 (Obesity)

-499

kcal/jour de métabolisme en moins (6 ans après)

13/14

participants ont repris du poids

+41 kg

reprise moyenne sur 6 ans

Six ans après la fin de la compétition, le métabolisme des participants restait déprimé de 499 kcal/jour par rapport à ce qu'il aurait dû être. L'adaptation n'avait pas disparu avec le temps — elle avait empiré. Malgré cela, les participants qui maintenaient une activité physique élevée s'en sortaient mieux que les autres.

Ces résultats ont fait l'effet d'une bombe dans la communauté scientifique. Ils suggéraient que la perte de poids rapide et massive pouvait "casser" le métabolisme de façon quasi permanente. Mais comme nous le verrons plus loin, cette interprétation a depuis été nuancée.

Ce que ça signifie pour vous

Vous n'êtes pas un participant de Biggest Loser. Mais cette étude illustre un principe universel : plus la restriction est brutale, plus l'adaptation est forte. C'est un argument puissant en faveur d'un déficit modéré et progressif, suivi avec un outil comme TrackMyCals, plutôt que d'un régime crash.

Vos hormones travaillent contre vous (temporairement)

La thermogenèse adaptative n'est qu'une partie du problème. L'autre, c'est hormonale. Sumithran et al. (2011, New England Journal of Medicine) ont suivi 50 participants obèses après un régime de 10 semaines ayant entraîné une perte d'environ 13 kg.

Résultats — Sumithran et al. 2011 (NEJM)

Ghréline ↑

hormone de la faim augmentée, encore élevée à 1 an

Leptine ↓

hormone de la satiété diminuée, encore basse à 1 an

Un an après la fin du régime, les hormones de l'appétit n'étaient toujours pas revenues à la normale. Les participants avaient plus faim qu'avant le régime, et se sentaient moins rassasiés après les repas. Ce n'est pas de la faiblesse mentale : c'est de la biochimie.

Cette découverte explique pourquoi la reprise de poids est si courante et si difficile à combattre par la seule volonté. Votre cerveau reçoit en permanence des signaux chimiques lui disant "mange plus, tu es en danger". Pour résister, il faut comprendre ce qui se passe — et mettre en place des stratégies adaptées.

C'est aussi la raison pour laquelle le suivi alimentaire est si précieux pendant un plateau. Quand vos hormones vous poussent à manger plus, avoir une vue claire et objective de vos apports réels grâce à TrackMyCals vous aide à distinguer la vraie faim des signaux hormonaux trompeurs. Pas pour les ignorer, mais pour les comprendre.

Pas de "dommage métabolique" : une réinterprétation

L'étude Biggest Loser a déclenché une vague de panique autour du concept de "dommage métabolique" — l'idée que les régimes casseraient définitivement votre métabolisme. En 2022, Kevin Hall lui-même (un des auteurs originaux) a publié une réinterprétation dans Obesity.

La nuance de Hall 2022

Hall propose que ce qu'on observe n'est pas un "dommage" permanent, mais une compensation énergétique : le corps augmente l'appétit et réduit la dépense pour regagner le poids perdu. Ce n'est pas un métabolisme "cassé" — c'est un métabolisme qui fait exactement ce pour quoi il a été conçu : vous protéger de la famine.

La bonne nouvelle : cette compensation peut être atténuée par des stratégies intelligentes. Elle n'est pas une fatalité.

Ce changement de perspective est fondamental. Votre corps n'est pas cassé. Il est incroyablement efficace pour vous maintenir en vie. Le plateau n'est pas un mur — c'est un signal. Et comme pour tout signal, la réponse appropriée n'est pas de forcer, mais d'écouter et d'adapter.

5 stratégies pour traverser le plateau

La science ne se contente pas de décrire le problème — elle propose des solutions. Voici les stratégies les mieux documentées.

1

Les pauses régime (méthode MATADOR)

L'étude MATADOR (Byrne et al. 2018, Int J Obesity) a démontré que des cycles de 2 semaines de déficit suivies de 2 semaines à calories d'entretien produisent 47 % de perte de poids en plus qu'un déficit continu. Les pauses réduisent l'adaptation métabolique et donnent à votre corps le temps de se stabiliser.

Résultats — Byrne et al. 2018 (MATADOR)

+47 %

perte de poids supplémentaire avec les pauses

Moins

d'adaptation métabolique constatée

2

Ne réduisez pas davantage les calories

La réaction instinctive face au plateau est de manger encore moins. C'est contre-productif : cela amplifie la thermogenèse adaptative et les perturbations hormonales. Maintenez votre déficit actuel et laissez le temps faire son travail. La patience est votre meilleure alliée.

3

Augmentez votre NEAT

Le NEAT (Non-Exercise Activity Thermogenesis) — la dépense liée aux mouvements du quotidien — chute considérablement pendant un régime. Prendre les escaliers, marcher davantage, rester debout : ces micro-ajustements peuvent compenser une partie de l'adaptation. Associez cela à un suivi de vos activités physiques.

4

Privilégiez les protéines

Les protéines ont le plus fort effet thermique (20-30 % des calories sont dépensées pour la digestion, contre 5-10 % pour les glucides). Elles réduisent aussi la faim et préservent la masse musculaire, ce qui limite la baisse du métabolisme de base. Visez 1,6 à 2,2 g/kg de poids corporel.

5

Mesurez autrement que par la balance

Le poids stagne, mais votre corps change peut-être quand même. Tour de taille, photos, ajustement des vêtements, force à l'entraînement : autant d'indicateurs plus fiables qu'un chiffre sur la balance, surtout si vous faites de la musculation. Avec TrackMyCals, suivez vos macros pour vérifier que vos apports sont bien calibrés, même quand la balance ne bouge plus.

L'effet plateau n'est pas votre ennemi. C'est un signal de votre corps qui vous dit : "je m'adapte, ralentis, sois patient(e)." Les études montrent que cette adaptation est réelle, puissante et durable — mais pas insurmontable. Avec un déficit modéré, des pauses stratégiques, des protéines adéquates et un suivi régulier de vos apports, vous pouvez traverser le plateau sans frustration ni privation excessive.

Questions fréquentes

Un plateau dure typiquement 2 à 8 semaines. Si votre poids stagne depuis plus de 3 semaines malgré un déficit calorique réel et vérifié, c'est probablement un vrai plateau lié à la thermogenèse adaptative. Continuez vos habitudes, envisagez une pause régime de 2 semaines à calories d'entretien, et soyez patient(e). Le plateau finit toujours par se résoudre.

Non, c'est souvent contre-productif. Réduire davantage les calories amplifie la thermogenèse adaptative et la réponse hormonale (plus de ghréline, moins de leptine). L'étude MATADOR montre qu'au contraire, des pauses à calories d'entretien améliorent la perte de poids totale de 47 %. Mieux vaut augmenter votre activité quotidienne (NEAT) ou faire une pause stratégique que de réduire encore vos apports.

Oui. L'étude MATADOR (Byrne et al. 2018, International Journal of Obesity) a démontré que des cycles de 2 semaines de déficit suivies de 2 semaines à calories d'entretien produisent une perte de poids 47 % supérieure à un déficit continu. Le corps se réajuste pendant les pauses, ce qui réduit la résistance métabolique. Un outil comme TrackMyCals vous aide à ajuster vos apports entre phases de déficit et phases d'entretien.

Sources scientifiques

Fothergill E et al. (2016). "Persistent metabolic adaptation 6 years after The Biggest Loser competition." Obesity, 24(8), 1612-1619. Lire l'étude

Nunes CL et al. (2022). "Does adaptive thermogenesis occur after weight loss in adults? A systematic review." British Journal of Nutrition, 127(3), 451-469. Lire l'étude

Sumithran P et al. (2011). "Long-Term Persistence of Hormonal Adaptations to Weight Loss." New England Journal of Medicine, 365(17), 1597-1604. Lire l'étude

Hall KD. (2022). "Energy compensation and metabolic adaptation: The Biggest Loser study reinterpreted." Obesity, 30(1), 11-13. Lire l'étude

Byrne NM et al. (2018). "Intermittent energy restriction improves weight loss efficiency in obese men: the MATADOR study." International Journal of Obesity, 42(2), 129-138. Lire l'étude

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