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Protéines végétales vs animales : la science tranche-t-elle ?

Le débat est omniprésent : les protéines végétales sont-elles « inférieures » aux protéines animales pour construire du muscle ? La réponse courte : c'est plus nuancé qu'on ne le pense. Une étude de 2021 sur des sportifs montre des gains musculaires identiques entre régime végétal et omnivore. Décryptage complet.

En bref (TL;DR)

  • Les protéines végétales produisent des gains musculaires comparables aux protéines animales quand l'apport total est suffisant (Hevia-Larraín et al. 2021).
  • Les protéines animales contiennent plus de leucine par gramme, mais la différence se compense en augmentant légèrement la dose végétale (Gorissen et al. 2018).
  • La protéine de soja est comparable à la whey pour les gains de masse maigre et de force (Messina et al. 2018).
  • Le mythe de la complémentarité obligatoire à chaque repas est dépassé : la variété sur la journée suffit (van Vliet et al. 2015).

Le monde de la nutrition sportive a longtemps considéré les protéines animales comme supérieures. Et il y avait des raisons : meilleur profil en acides aminés essentiels, digestibilité plus élevée, teneur en leucine supérieure. Mais la recherche des cinq dernières années a considérablement nuancé ce verdict.

Aujourd'hui, que vous soyez omnivore, flexitarien ou végan, la question n'est plus « quelle source est la meilleure ? » mais « est-ce que j'en mange assez ? ». Car la quantité totale de protéines compte bien plus que leur origine. Voici ce que montrent les études les plus rigoureuses.

Qualité protéique : ce qui compte vraiment

En 2015, van Vliet et al. ont publié dans le Journal of Nutrition une revue exhaustive sur la qualité des protéines végétales. Leur analyse couvre la digestibilité, le profil en acides aminés et la capacité à stimuler la synthèse protéique musculaire.

Constats — van Vliet et al. 2015 (J Nutr)

Critère Protéines animales Protéines végétales
Digestibilité (DIAAS) Élevée (90-100 %) Modérée à bonne (70-95 %)
Leucine (pour 25 g protéines) 2,5-3,0 g 1,5-2,0 g
Acides aminés essentiels Complets Souvent 1-2 limitants

Ces différences sont réelles mais ne racontent pas toute l'histoire. Car la question pratique n'est pas « gramme pour gramme, laquelle est meilleure ? » mais « dans un régime alimentaire complet, est-ce que ça fait une différence sur le résultat final ? ». Et la réponse surprend.

Le piège de la comparaison gramme pour gramme

Comparer 25 g de whey à 25 g de protéine de pois est trompeur. Personne ne mange une seule source de protéines. Un régime végétal bien planifié combine légumineuses, céréales, noix et graines, couvrant naturellement tous les acides aminés essentiels sur la journée. La variété compense la limitation individuelle.

Construction musculaire : le match direct

En 2021, Hevia-Larraín et al. ont publié dans Sports Medicine la première étude contrôlée comparant directement un régime 100 % végétal à un régime omnivore chez des jeunes adultes pratiquant la musculation. Les deux groupes consommaient 1,6 g/kg/jour de protéines et suivaient le même programme d'entraînement pendant 12 semaines.

Résultats — Hevia-Larraín et al. 2021 (Sports Med)

= muscle

gains identiques

1,6 g/kg

apport protéique/jour

12 sem.

durée de l'étude

Aucune différence significative entre les groupes pour la masse musculaire des jambes, la force au leg press ou au bench press. Les protéines végétales, à dose suffisante et avec un entraînement adapté, produisent des gains musculaires identiques aux protéines animales.

C'est le résultat le plus important de ces dernières années sur le sujet. Il ne dit pas que les protéines végétales sont « meilleures ». Il dit qu'à apport protéique total identique (1,6 g/kg/jour), la source ne fait pas de différence mesurable sur la composition corporelle.

Le facteur déterminant reste la quantité totale de protéines, pas leur origine. C'est exactement ce que confirment les données de Morton et al. (2018) sur 49 études : la supplémentation en protéines améliore les gains musculaires, indépendamment de la source.

La leucine : l'avantage animal et comment le compenser

Gorissen et al. ont publié en 2018 dans Amino Acids une analyse comparative exhaustive du contenu en acides aminés de 36 sources protéiques alimentaires. Leur travail met en lumière le véritable avantage des protéines animales : la teneur en leucine.

Teneur en leucine — Gorissen et al. 2018 (Amino Acids)

Sources animales (pour 100 g protéines)

  • Whey : 13,6 g de leucine
  • Poulet : 7,5 g
  • Oeuf : 8,6 g
  • Lait : 9,8 g

Sources végétales (pour 100 g protéines)

  • Soja : 8,0 g de leucine
  • Pois : 8,4 g
  • Blé : 7,1 g
  • Maïs : 12,3 g

La leucine est l'acide aminé qui déclenche la synthèse protéique musculaire. Le seuil optimal est de 2,5 à 3 g par repas. Avec la whey, 25 g de protéines suffisent. Avec du soja ou du pois, il faut environ 30-35 g — une différence facilement compensable.

La solution est simple : si vous mangez principalement végétal, augmentez légèrement votre apport protéique total (de 1,6 à 1,8-2,0 g/kg/jour) pour atteindre le seuil de leucine à chaque repas. Ce n'est pas un handicap insurmontable, c'est un ajustement de 10-15 %.

Le cas du soja : réhabilitation scientifique

Le soja a longtemps souffert d'une mauvaise réputation dans le monde du fitness, accusé de diminuer la testostérone et de nuire aux gains musculaires. En 2018, Messina et al. ont publié dans l'International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism une méta-analyse pour clore le débat.

Résultats — Messina et al. 2018 (Int J Sport Nutr Exerc Metab)

= force

gains comparables à la whey

0 effet

sur la testostérone

La protéine de soja produit des gains de masse maigre et de force comparables à la whey et aux autres protéines animales. Et non, le soja ne diminue pas la testostérone chez les hommes — cette idée est basée sur des études de cas isolés et de faible qualité, contredites par les méta-analyses.

La protéine de soja a un profil en acides aminés proche des protéines animales, avec une teneur en leucine de 8 g pour 100 g de protéines — certes inférieure à la whey (13,6 g), mais comparable au poulet (7,5 g) et aux oeufs (8,6 g).

Les phytoestrogènes du soja en perspective

Les isoflavones du soja sont des phytoestrogènes, pas des oestrogènes humains. Leur affinité pour les récepteurs oestrogéniques est 100 à 1 000 fois plus faible que l'oestradiol. Les méta-analyses confirment qu'une consommation normale de soja (1-2 portions/jour) n'a aucun effet mesurable sur les hormones reproductives masculines.

Guide pratique : optimiser vos protéines végétales

Que vous soyez végan, flexitarien ou simplement curieux, voici comment tirer le meilleur de vos protéines végétales.

1

Visez 1,8-2,0 g/kg si 100 % végétal

Pour compenser la différence de digestibilité et de leucine, augmentez votre apport total de 10-15 % par rapport à un régime omnivore. Si la cible omnivore est 1,6 g/kg, visez 1,8 g/kg en végétal.

2

Variez vos sources quotidiennes

Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots), céréales complètes (quinoa, avoine, sarrasin), soja (tofu, tempeh, edamame), noix et graines. La complémentarité se fait sur la journée, pas au même repas.

3

Intégrez du soja pour la leucine

Le soja est la source végétale avec le meilleur profil en acides aminés. 100 g de tofu apportent environ 17 g de protéines de haute qualité. Le tempeh en apporte 19 g avec l'avantage de la fermentation pour la digestibilité.

4

Considérez un supplément de protéine de pois ou soja

Si atteindre votre cible avec la nourriture seule est difficile, un shake de protéine de pois ou de soja (30-40 g) peut combler l'écart. Les études montrent des résultats comparables à la whey.

5

Suivez votre apport pour vérifier

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La science ne tranche pas en faveur d'un camp. Elle tranche en faveur d'un principe : la quantité totale de protéines prime sur la source. Les protéines animales ont un léger avantage en termes de leucine et de digestibilité, mais cet avantage est entièrement compensable avec un ajustement de 10-15 % de la dose totale.

Que vous mangiez de la viande, du tofu ou un mélange des deux, le vrai déterminant de vos résultats est de suivre ce que vous mangez et de vérifier que vous atteignez votre cible protéique. Tout le reste est du détail.

Questions fréquentes

Oui, à condition de consommer suffisamment de protéines totales. L'étude Hevia-Larraín et al. (2021) montre que des gains musculaires comparables sont obtenus avec un régime exclusivement végétal (1,6 g/kg/jour) par rapport à un régime omnivore. La clé est la quantité totale et la variété des sources, pas l'origine animale ou végétale.

Non, c'est un mythe datant des années 1970. Le concept de complémentarité protéique à chaque repas (riz + haricots obligatoirement ensemble) a été réfuté. Tant que votre alimentation quotidienne inclut une variété de sources végétales, les acides aminés se complètent sur la journée entière. Mangez du riz au déjeuner et des lentilles au dîner : l'effet est le même.

La méta-analyse de Messina et al. (2018) montre que la protéine de soja produit des gains de masse maigre et de force comparables à la whey. La whey contient plus de leucine par gramme, ce qui lui donne un léger avantage dose pour dose. Mais en augmentant la portion de soja de 20-25 %, les résultats sont équivalents. Le choix dépend de vos préférences et contraintes alimentaires.

Sources scientifiques

Hevia-Larraín V et al. (2021). "High-Protein Plant-Based Diet Versus a Protein-Matched Omnivorous Diet to Support Resistance Training Adaptations: A Comparison Between Habitual Vegans and Omnivores." Sports Medicine, 51(6), 1317-1330. DOI

van Vliet S et al. (2015). "The Skeletal Muscle Anabolic Response to Plant- versus Animal-Based Protein Consumption." Journal of Nutrition, 145(9), 1981-1991. DOI

Gorissen SHM et al. (2018). "Protein content and amino acid composition of commercially available plant-based protein isolates." Amino Acids, 50(12), 1685-1695. DOI

Messina M et al. (2018). "No Difference Between the Effects of Supplementing With Soy Protein Versus Animal Protein on Gains in Muscle Mass and Strength in Response to Resistance Exercise." Int J Sport Nutr Exerc Metab, 28(6), 674-685. DOI

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